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A côté de la joie…

19 Mai

A côté de la joie, il y aura cet éternel pourquoi ?

J’ai bien conscience qu’écrire cela alors que notre puce est bien vivante et bien portante peut paraitre complètement déplacé. Et pourtant, ce serait tout aussi grave de nier les sentiments mêlés entre bonheur et tristesse qui m’anime en cette période de l’année. On n’oublie pas. Jamais.

Deux ans.

Il y a deux ans je portais nos jumeaux. Mon premier test virait positif le 6 mai, des jujus à notre plus grande joie apparaissaient à la première écho, un micro saignement nous alerta et nous découvrîmes la fin d’un de mes petits dans la nuit du 4 juin, la déclaration de grossesse était obtenue quelques semaines plus tard pour le second qui se portait à merveille, mais quelques jours plus tard à peine, à 12 sa+3, l’écho nous montrait notre bébé inerte alors que rien ne présageait d’une telle douleur. Son coeur s’était arrêté 3-4 jours avant.  C’était le 1er juillet 2013. En 4 semaines nous avions perdu coup sur coup nos deux espoirs. Et ma vie semblait s’arrêter.

On me parla de fausse couche. Hors sans sang ni douleur ni signe, et quand bien même, comment parler de fausse couche ?  Et puis deux fausses couches alors, et non pas une ? Et puis ce terme, franchement, en quoi elle était fausse ma couche ? Elle était bien réelle cette grossesse, ce n’était pas un rêve. On avait bien vu les deux petits cœurs battre. On avait bien vu nos bébés vivants à plusieurs reprises. On avait bien vu le nez, la bouche, les mains, les jambes… du dernier des petits battants. On avait bien eu les grâces de notre gygy adorée en lui disant « adios » avec en main le sésame de la déclaration. On avait même osé, la veille de l’écho, aller se balader en repérage dans les antres du monde des bébés. Et puis, en une fraction de seconde, tout s’est effondré.

Ca a été terrible. Pour moi, pour lui, pour nous.

On a perdu des amis à ce moment là. Gagner d’autres aussi. On a eu besoin de fuir. On a fuit.

Mes deux amours m’ont donné de l’espoir, de la joie, et une si grande douleur. Ils m’ont aussi donné un nom à vie. C’est alors enceinte de La Lueur une bonne année plus tard que mon beau-frère m’appela à nouveau ainsi : Mâgne. La mère des jumeaux. Car toujours, à jamais, nos premiers enfants ce sont eux deux. Ils sont là haut, à veiller sur nous et leur petite soeur. Ils nous ont permis de batailler sur d’autres fronts durant une grosse année de plus. Alors le soir, en regardant les étoiles, je pense à eux. J’espère qu’ils vont bien là où ils sont. Qu’ils sont dans le paradis des bébés, là où tous les anges se retrouvent, prennent soin d’eux les uns des autres, et savent qu’un jour nous seront tous réunis.

Ca peut faire croyance, et oh que oui. Croyance athée, catholique, musulmane, juive, ou tout ce que tu veux. Croyance tout court qui permet de tenir. Et moi, ça m’a permis de tenir, de reprendre la bataille des aiguilles, de le faire aussi pour eux, pour notre famille qui en somme à commencer par la mort avant de commencer par la vie.

Je n’ai aucune idée de comment font pour survire celles qui vivent à plusieurs reprises ces épreuves, et pour qui le parcours s’éternisent. Mécaniquement, on avance j’imagine, car il le faut. Et on avance tant qu’on le peut. Pour elles, pour eux, pour ces couples en souffrance, j’espère si fort que leurs efforts et la violence de ces épreuves leur donneront au bout un immense bonheur.

Alors même si à côté de la Joie il y a en ces mois printaniers une part d’ombre et de tristesse, je suis infiniment reconnaissante à nos deux anges. Jamais je ne les oublierai. Et comme mon conjoint disait à notre fille, u jour, on te parlera de tes frères et soeurs, des petits jumeaux envolés.

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Y’a toujours un truc qui foire [+ Edit] [+ Edit 2]

15 Mai

Y’a toujours un truc qui foire, qui va se maitriser ensuite , mais qui entre temps te fais stresser.

Et voila. Bim.

Méthode de l’autopersuasion-autodérision-Bounty : zen, respire, zen, respire, marre toi un bon coup devant les situations cons et innovantes procurées par la pma. Ah ah ah.

Là dans 5 min, j’ai une grosse réunion avec annonce officielle de ma collègue, et ça me gave d’avance. Donc voila. Déjà, ça c’est dit.

Mais en plus ! Mais en plus, je viens de jeter un coup d’oeil à mon super calendrier, car j’ai un déplacement trop trop bien entre le 3 et 5 juin, et bim.

Je suis super contente, happy, excitée par ce déplacement qui va m’emmener dans le sud, là où j’ai fais mes études (the best période), et là où j’ai encore quelques ami(e)s (que je vois donc trop peu souvent vu la distance). Un super colloque sur un grosso modo ce sujet. Et toussa, dans « mes » bâtiments adorés, avec mes anciens profs adorés, dans un cadre adoré, une ville adorée, et où, à l’époque, j’ai peut-être fait la connerie de dire non à la thèse.

Mais voila. Bim, la PMA vient foutre le bordal.

Bim car mon super calendrier a dit que le 3 juin est prévu pour j1. Et si ce n’est pas le 3, ce sera le 4 ou 5.

Et donc, et donc, démarrage de puregon à j2… soit le 4 ou 5 ou 6 juin.

Et donc, et donc, comment je fais pour me déplacer à l’autre bout de la France sans frigo et avec mon puregon non entamé ?!?!?!!!!! et qui devrait « normalement » être entamé 1 à 3 jours plus tard ?!?!!!?!!

Sachant qu’en plus je pars direct juste après le boulot et que j’arrive en soirée (genre 21-22h). Et sachant qu’au boulot, y’a pas de frigo, et que je ne pourrai pas passer chez moi en récupérer avant d’entamer les 5 heures de trajet sans frigo again. Bullshit day tiens.

Je ne sais plus qui avait eu le même dilemme, mais je lui avait conseillé de faire une pikouze dans le vent la veille afin d’entamer le puregon et pouvoir ensuite le garder hors frigo. Ça, ça pourrait marcher si le déplacement qui se fait le 3 est un j1. Mais si le j1 arrive le 5, comment je fais ? Je vais pas pikouzer dans l’air le 3 et 4 ? Si ? Non ? Si ? (option A)

Alors, j’ai pensé à option B : appeler une pharmacie de garde (car j’arrive tard le 3), et me supplier de me garder du puregon au frais pour le récupérer en soirée.

Et si option A et B sont pas possible, je fais comment ?

Des idées ?

J’imagine que d’autres pmettes ont vécu ce genre de situation ?

Un texto « fait iech » est parti chez mon biologiste (finalement ça sert d’avoir un Dr en PMA) de mari. J’attends son option C.

Et sinon, et surtout, Oyé oyé les médecins, pharmaciennes et nanas passées par là et pmettes, vous en pensez quoi ?

Moralité : jamais rien ne se passe juste simplement… alors qu’on voudrait simplement être parent.

EDIT : Voilà ce que j’ai lu : Tout sur le Puregon

6.4 Précautions particulières de conservation : A conserver au réfrigérateur (entre 2ºC et 8ºC). Ne pas congeler. Conserver le(s) flacon(s) dans l’emballage extérieur. Pour plus de facilité, Puregon peut être conservé par le patient à une température ne dépassant pas 25°C pendant une période unique ne dépassant pas 3 mois.

Alors POURQUOI la pharmacienne me saoule depuis 2 ans avec mon frigo, jusqu’au point de me filer un mini sac thermos si je ne rentre pas dans l’heure chez moi pour le mettre au frigo, et POURQUOI ma gygy m’a dit « une fois entamé, ça se conserve en dehors ou dans le frigo », moi j’ai sous-entendu « et non pas avant de l’avoir entamé ». Je sentais bien que ce n’était pas logique de le mettre à l’air libre seulement une fois entamé, et c’est pas faute d’avoir questionné.

Merci les filles ! Et merci google !

PS : on va dire qu’il fera moins de 30°C, sinon j’avais pris partie pour l’option B

PS 2 : et encore, ça va car c’est un court déplacement, pas à l’autre bout du monde et pas en région sahélienne en saison sèche… ça promet le jour où ce ne sera pas le cas… (ou pas…)

(N’empêche que je me sens bien stupide, c’est quand même mon 10ème cycle sous puregon que je vais commencer, arf…. balèze Blaise) (Comme quoi, vrai de vrai, on en apprend tous les jours en PMA, même quand on est censé savoir) (Crétine va…. autodérision Bounty)

Et encore MERCI ❤ !!

 

EDIT 2 : Je viens de percuter que les dates de ce foutu ou joyeux colloque sont pile poil celles de la perte de notre premier jumeau il y a 1 an. Je les emmènerai donc dans mon cœur ce jour là, et partagerai peut-être cette précieuse date avec une chère amie. Juste lire ces dates sur l’insignifiante et naïve feuille d’inscription, dates correspondant à la nuit du 4 au 5 juin, me rend encore bien triste. Je percute donc que l’iac 2 bis #G2 sera probablement lancée le jour de la perte de notre jumeau. J’ai percuté cela alors que j’entendais ma collègue parler du futur papa, de ses petites attentions, etc. (je vous passe les détails), de quoi retourner le couteau dans la plaie, sans que personne ne sache, ni ne s’en aperçoive, sauf moi, et vous désormais.  Foutu date. Belle date.

A quoi ça rime et la réputation des infertiles

8 Mai

Ayant un peu de mal à écrire (et puis à relire ma tartine, ben finalement non… c’est donc en écrivant que ça sort), souhaitant passer les dates des « 1 an » le plus sereinement possible, venant juste de passer la date des un an du 6 mai, vous vénérant vous les blogeuses/eurs plus que blogeuses/eurs pour vos mots et appuis, Merci !

Étant en « pause » ce cycle-ci (examens en fin de mois), discutant IAC2bis-C4#G2 à venir (c’est pas un code secret… c’est un code bien clair pour les pmettes… et un gros clin d’oeil à Kaymet) et réfléchissant à la proposition FIV de gygy avec Chérid’A « pour en finir » (au sens se mettre un grand coup de pied pour avancer), venant de me prendre une annonce redoutée au boulot (de ces annonces qui vous rappellent l’injustice et qui vous font sentir extraterrestre, vivant dans un autre monde et écarquillant ébahies les yeux bien grands devant la facilité de procréation de la plupart des humains (mais comment font-ils, c’est hallucinant de simplicité?)), me questionnant un peu mais pas trop (mais beaucoup plus depuis ce soir car je suis désormais cernée) sur les questions boulot et notamment la compatibilité non foireuse du plan C IRL avec la PMA (boulot aux 4 coins du monde de 3 à 4 mois par an non cumulés)… Verdict méthode Bounty : je fonce dans le tas, et ensuite si des choix sont à faire, on les fera.

Me questionnant sur ces jolies jeunes années d’insouciances et de projets envolés… ben voila, y’a des jours d’énième annonce comme aujourd’hui où je me demande à quoi ça rime de vivre à distance en étant en PMA et de dépenser tant d’énergie pour des espoirs professionnels et personnels non garantis, et qui plus est, de plus en plus éloignés des projets qui nous faisaient vibrer ? Y’a des jours comme ça où l’envie de tout plaquer (sauf le gars) est pas bien loin, et en même temps c’est un vieux réflexe ou plutôt une vieille habitude, car j’ai bien souvent fonctionné ainsi, y’a qu’à voir mes lieux de vies des 10 dernières années (et encore je suis soft comparée à mes anciens camarades de promo, vraiment ultra soft). Je n’ai pour ainsi dire jamais été aussi stable qu’aujourd’hui, bientôt 3 années sans bouger et vivre ailleurs, s’en est flippant… Ah elle est loin l’insouciance de notre rencontre autour d’un Ti’punch à FriteVille (autodérision hein, t’en fais pas)… Bref, y’a intérêt que ça marche, jvous le dit… wanna be free

Well, well, well étant dans un état d’esprit d’attente de fin de pause (so classic), tout en faisant d’autres choses, je vous lis et je fais le tri des nombreux brouillons et articles mis de côté depuis l’ouverture de ce blog. Et ce soir, je suis tombée sur cet article qui dans son intro m’a fait penser au post de Petit Oeuf. Un témoignage si bien dit et que j’avais mis de côté en mode brouillon depuis novembre 2012.

Le voici donc. Il vient de ce blog-ci.

La réputation des infertiles

Qui n’a jamais entendu parler de “bébé-éprouvette”, de ces femmes enceintes de septuplés après des traitements de fertilité, de cette mère porteuse qui décide de garder l’enfant qu’elle portait pour un couple infertile qui lui faisait confiance… On entend parler des histoires sensationalistes, des extrêmes, de ce qui fait vendre des journaux.

On utilise la grossesse et les fausse-couches comme éléments dramatiques dans les soaps, on associe (à tort) fécondation in vitro et clonage. On confond insémination et FIV, on banalise les divers traitements, on réduit les problèmes de fertilité à un problème d’âge ou de stress. On prend les infertiles pour des freaks désespérés. On nous donne une réputation avant même de nous connaître.

Avant de me savoir moi-même infertile, je faisais partie de cette masse qui se demandait comment un couple pouvait en venir à miner leur santé avec des tas d’injections, dans le seul but d’avoir un enfant. Je ne connaissais rien aux courbes de température, au citrate de clomiphène, à l’effet du sirop contre la toux sur la glaire cervicale. Des termes comme hystérosalpingographie, laparoscopie et anovulatoire ne me disaient rien.

Bien sûr, je connaissais, de près ou de loin, des femmes n’ayant pas eu d’enfant, mais je ne me posais pas plus de question. Comme bien des gens, ce que je connaissais de l’infertilité se résumait à ce que je lisais dans les journaux et voyais aux nouvelles. Ça ne touchait que quelques couples malchanceux qui devaient utiliser des moyens extrêmes pour devenir parents.Puis est venu le diagnostic. Ont suivi les traitements, les échecs, les lectures, les questions, le stress, la rage, l’espoir mêlé d’impatience.

Et j’ai appris. J’ai lu tout ce qui me tombait sous la main sur l’infertilité, sur les traitements possibles, sur les causes, les raisons, les trous dans les études, les solutions. J’ai fréquenté des forums où j’ai rencontré des femmes comme moi. J’ai lu des blogues, j’ai découvert un univers complet de femmes vulnérables, remplies d’espoir, malgré les blessures. Et j’en suis quelque peu venue à faire de l’infertilité ma cause. Je tenais à défaire des préjugés, à abolir des tabous, à cesser l’ignorance.Car non seulement les couples infertiles sont aux prises avec les épreuves physiques, psychologiques et financières qu’engendre l’infertilité, ils doivent aussi faire face à l’ignorance et la maladresse de leur entourage.

Demandez-leur combien de fois on leur a raconté l’histoire de cette voisine, de la soeur de la coiffeuse ou de cette collègue qui, après avoir essayé pendant des années, a décidé de laisser tomber et s’est retrouvée enceinte par magie. Demandez-leur combien de fois on leur a conseillé de relaxer et d’arrêter d’y penser. Demandez-leur tous les trucs et astuces qu’on a cru bon leur véhiculer. Demandez-leur si tout ça les a aidés. Et ils vous répondront non.Même s’ils sont empreints des meilleures intentions, les conseils non solicités ont rarement l’effet voulu.

Ça nous ramène à notre propre échec, à nos propres problèmes. Ça nous rappelle que ça fonctionne pour d’autres, mais pas pour nous, ce qui nous fait sentir encore plus inaptes. Même si certaines histoires inspirantes peuvent nous donner espoir, bien souvent, celles prises à la légères, comptées sur le coin d’une table entre deux bouchées, nous donnent l’impression que notre douleur n’a pas raison d’être, qu’elle est futile. Se faire dire qu’on est “juste pas dûs”, c’est comme nous dire qu’on ne le mérite pas encore, alors que tant de gens qui ne devraient jamais être parents le deviennent. Méfiez-vous, les infertiles ont un don pour aller chercher le sens caché de chaque phrase qu’on leur lance. Ils reconnaissent le bon sentiment qu’il y a en arrière, mais ils ne peuvent passer à côté de la pointe qui s’y cache.

Ce que nous attendons de notre entourage est pourtant simple: de l’écoute et de la sensibilité. Nous avons besoin de valider nos émotions, de savoir qu’elles sont justifiées. Nous savons ce que nous avons à faire, nous n’avons donc pas besoin de conseils. Si vous ne savez pas quoi dire, soyez honnête. Nous préférons entendre un “je ne sais pas quoi te dire, mais ce que tu vis me touche” qu’un conseil maladroit et surtout, non demandé. Si des couples infertiles préfèrent ne pas en parler, respectez-les. C’est parfois une peine qui se doit d’être vécue dans l’intimité, à l’abri des jugements et des morales.Je ne peux changer le monde à moi seule.

J’aimerais par contre changer la fausse réputation des infertiles, faire tomber certains clichés, faire parler de l’infertilité, faire avancer les choses, aller chercher la reconnaissance qu’il manque à tant de couples aux prises avec cette douleur si taboue. Mais j’ai besoin de vous, besoin de ce médium pour faire connaître les autres facettes de l’infertilité, celles cachées derrière toute la médiatisation mal dirigée, celles qui sont la réalité de milliers de couples au Québec, de plein de gens autour de vous qui pleurent en silence l’enfant qu’ils espèrent, mais qui ne vient pas.

La réalité des ces couples qui attendent, de ceux qui passent sous le bistouri, de ceux qui prennent des médicaments, de ceux qui espèrent et désespèrent, de ceux qui vont jusqu’au bout avec la FIV, de ceux qui font des inséminations, de ceux qui ont recours au don, de ceux qui recevront des injections, de ceux qui sont à cours de ressources, de ceux qui n’osent plus y croire, de ceux qui veulent toujours y croire. Soyez sensibles, soyez à l’écoute et ne vous laissez pas aller dans les conseils et les “j’ai entendu l’histoire d’une fille…” On l’a tous entendue cette histoire. C’est la nôtre qui compte pour nous. Écoutez-la.

La semaine passée

11 Juin

Tout d’abord des énormes mercis pour vos précieux petits mots, vos commentaires, votre lecture, votre soutien virtuel et vos bienveillantes pensées. Merci !

Je vous lis toujours autant, je commente bien moins, j’ai du mal à écrire. Pas envie de blesser celles sur le quai, celles qui en bavent tant. Mais lorsque j’attendais… j’aimais lire de temps à autre (selon l’humeur du jour, les dpo et les j en cours) les écrits des filles qui étaient passées de l’autre côté. Un regain d’espoir et d’optimisme m’envahissait alors. Je reprenais de l’énergie en me disant « oui… je fais tout cela pour un jour connaitre cette possible réalité », car bien des fois, à force de se piquer des semaines durant, j’oubliais la raison première de ces protocoles surmédicalisés. Alors, parce que j’imagine que d’autres cherchent tout autant l’espoir que moi-même je cherchais, je vais essayer reprendre en main ce blog et son écriture… et j’espère au combien ne blesser personne.

Bon, si on reprend la semaine passée, c’est sûr que ce ne sera pas d’une insouciante gaieté… mais c’est ma réalité que je souhaite partager… Début juin a débuté sur une étrange surprise… puis s’est poursuivi dramatiquement entre joie et tristesse, un deuil – dixit gygy pma adorée – étant à faire. Maintenant il est temps de se reprendre, de rêver, de projeter de nouveau ceux qui je l’espère deviendra notre proche réalité.

 

  • Samedi 1er juin ou les réflexes de la pma non tassés…

Nous partons chez une amie de mon conjoint. Ils ont une surprise pour nous. Ils sont plus jeunes, pas mariés (hors le mariage est important pour eux et leurs familles), viennent de commencer leurs carrières professionnelles… et cela fait des années qu’elle souhaite la venue d’un projet personnel. Nous pensons donc qu’enfin ce projet est réalisé, et qu’elle va nous annoncer cela. L’idée qu’elle soit enceinte nous traverse l’esprit, mais vu le contexte et la connaissant ce serait étonnant. Nous nous rendons donc chez eux le samedi.

Dring… Ouverture de la porte… « Alors cette surprise ? »… « Et voici »… Ni Chérid’A ni moi ne comprenons. Sa moitié est arrivé avec dans les bras une déjà grande petite fille. Chérid’A et moi nous pensons que c’est la fille d’un de leurs amis et attendons la surprise (enfin, tout cela se passe dans nos têtes). 1 minute plus tard, on percute. Le choc. Punaise, c’est leur fille.

Nous ne savions pas qu’elle était enceinte, elle ne sait pas nos soucis, elle nous présente sa fille de 3 mois et demi.

Chérid’A me dira ensuite que lui aussi a eu un choc et ce pincement au cœur. Moi je tiens bon… 20 minutes… puis je craque. Impossible de prendre l’enfant dans les bras. Je vais aux toilettes me réfugier et je pleure. Je sèche mes larmes et reviens. Chérid’A, la petite et sa mère partent préparer l’apéro… la question « et vous, vous y pensez ?  » est posée… La réponse de Chérid’A est « bientôt j’espère ». Je suis dans le salon, ouvre la fenêtre et prend l’air. Et puis les larmes remontent. Re toilettes et cette fois ci ce sont les grosses larmes instoppables qui coulent (la tête penchée, comme d’hab’ dans mes habitudes de pma, pour éviter le massacre sur la figure)… Je ressors les yeux rougis, fonce à la salle de bain pour limiter les dégâts bien là malgré les précautions prises. Je reviens dans la cuisine, Chérid’A me voit, il a compris. Nous partons à peine 1 heure après être arrivés.

Arrivée à la voiture je craque. Il pensait qu’en étant enceinte ça irait mieux, moi aussi d’ailleurs, et il reconnait que lui aussi a eu ce choc. On se dit tout deux que ce n’est pas malin, qu’elle aurait pu annoncer une telle nouvelle par téléphone. La pma nous aura au moins appris à être prévenant avec les couples sans enfants, car soit ils le subissent, soit c’est un choix, soit ce n’est pas d’actualité. Et puis je disais à ma moitié, imagine que je faisais une fausse couche (je ne pensais pas si mal dire)… Bref, c’est pas malin.

La blessure est là, plus profonde que je ne pensais. Oui, je suis enceinte (et c’est une chance inouïe), oui je suis infertile (et je le resterai).

 

  • La nuit du mardi 4 au mercredi 5 juin ou le basculement entre tristesse et joie…

Il est 22H. Je suis naze et me prépare à aller me coucher. Pipi room first… puis dodo. Ce n’est malheureusement que 5 heures plus tard que nous nous coucherons, épuisés, sonnés, inquiets, en pleurs pour moi, en repli pour lui.

Il est 22h. Je découvre des traces roses sur le papier toilette. Je crie un « Put*in c’est pas vrai, on va aux urgences ». Mais bordal pourquoi ce papier toilette est-il rose ? pourquoi j’achète pas du blanc ?… Je doute. Je recommence. Non je ne cauchemarde pas, je suis bien éveillée, il y a bien des traces roses. Je sors des toilettes, le papier à la main, le montre à Chérid’A. Je retourne aux toilettes, encore des traces roses. Bon, cette fois ci on y va.

On descend à la voiture, sans un mot. On se dirige vers les urgences gynéco de la maternité, c’est le même grand bâtiment que la pma, on connait le trajet par coeur, nous ne sommes qu’à 10 minutes à peine. On est calme tous les deux. Pas de larmes, pas de mots. Je suis étonnée de ma façon de réagir. L’anxiété et l’angoisse nous font tenir.

Nous faisons les entrées. Il n’y a qu’1 couple et 1 femme dans la salle d’attente. Ils ont déjà fait les examens et attendent. Il est 23 h, on vient me chercher pour l’examen gynéco. Chérid’A m’accompagne. L’interne est gentil. Plus de saignements.

Dans la vitesse de ce qui est en train de se passer, j’avais complètement oublié notre incompatibilité rhésus. Je suis A-, il est O+… je ne pensais pas devoir faire une injection de rophylac si tôt… j’aurai bien voulu attendre l’accouchement… je me serais bien passée de ces saignements… N’ayant plus qu’une vieille photocopie de carte de groupe sanguin, les urgences ont besoin de m’en refaire une avant de me faire l’injection par intraveineuse, j’y retournerai donc le lendemain.

Après l’examen gynéco, on repasse en salle d’attente. On attend. Je somnole. On a peur. Le prochain examen est l’écho. Je crains la perte d’un des jumeaux. J’ai été pétrifiée toute la semaine passée sur cette possibilité. Peut-être un mauvais pressentiment qui me faisait angoissée. Cette nuit mon corps a eu raison de ces craintes, je le sens.

Il est 1h du mat’. Une gentille interne vient nous chercher pour l’écho. Les poches, les deux sacs, je prie pour voir 2 beaux et gros sacs et 2 embryons aux coeurs battants. On n’en voit qu’un au premier regard. En cherchant un peu, on voit le second. Sa taille est de moitié. J’ai compris, je sais que c’est fini.

Elle cherche à mesurer le premier embryon, son cœur bat. Ouf. Il a tant grandi depuis la dernière fois, son sac aussi. Les mesures correspondent au stade de la grossesse selon elle. Elle cherche à mesurer le second. Il a rétrécit, même si son sac à augmenter de volume. Son cœur ne bat plus. Nos cœurs se serrent. Nos yeux se mouillent. Nos têtes chancellent.

Elle est désolée de nous apprendre cette nouvelle. Elle a eu les bons mots. Me demande comment je me sens… « C’est compliqué… » Aucune larme ne sort… je suis bien trop pudique pour pleurer devant une inconnue, lui aussi même si je vois bien que son regard est humide. Il me faudra la salle d’attente vide pour sentir quelques larmes couler, puis ma chambre pour se déverser. Elle nous explique qu’à ce stade l’arrêt de grossesse est certainement dû à une anomalie chromosomique qui a engendré un arrêt du développement de notre petit. Rationnellement, nous n’y pouvons rien et mieux vaut que cela se soit passé maintenant. Émotionnellement, c’est un abyme. Un mélange complexe fait de tristesse pour le petit perdu, et de soulagement pour celui qui se porte bien.

On repart en salle d’attente. On attend les dernières instructions pour partir. Je dois revenir si des saignements forts surviennent. On peut repartir. Il est 1h30.

On est assommé. On a du mal à se parler, à se comprendre, à communiquer. On prépare le repas laissé en plan quelques heures plus tôt, puis on part se coucher, enfin on essaye de dormir, il est plus de 3h du mat’. La plaie est à vif. On ne vit pas les choses dans le même ordre, ni de la même façon, bien qu’on ressente exactement les mêmes maux. Cela durera 2 jours.

Le lendemain, je reviendrais aux urgences pour l’injection de rophylac 200 mg (ce qui me protège pour 9 semaines) faite par une gentille sage-femme qui malencontreusement ne lira pas la dernière ligne du compte rendu et dira  » Ah super une grossesse gémellaire! », je répondrais « C’était », elle s’excusera de suite.

Je passerai ensuite chez mon médecin traitant pour un arrêt de travail de 2 jours. Il y notifiera fausse couche d’un embryon, cela me fait l’effet d’une claque. Je dis à mon médecin que j’espère ne pas le revoir d’ici 8 mois, lui de même. Il sait ce que c’est, est passé par la PMA, nous a conseillé notre gygy adorée.

Jeudi après-midi, je vois une amie. Je lui parle. Elle apprend en même temps ma grossesse et ma fausse couche. Ça me fait du bien de lui parler. Puis on papote de choses et d’autres. Je la remercie !

 

  • Vendredi 7 juin ou la seconde écho qui m’incite à de nouveau me projeter…

Voilà, nous sommes 15 jours après la première écho, celle des 6 SA+4. Et seulement 2 jours après celle des urgences… C’est la seconde écho « officielle », 8 SA+4, avec notre gygy pma. En somme nous savons déjà à quoi nous attendre, et espérons pas d’autre mauvaise surprise.

Nous entrons dans la salle. Elle nous demande comment ça va. Je réponds que nous avons fait un tour aux urgences mardi dans la nuit. Je lui tends le compte rendu de l’interne (pas besoin de prononcer les mots en procédant de cette façon, c’est plus simple). Elle lit, sa tête change, devient triste et s’exprime dans un « Oulala » peiné. Je suis touchée, Chérid’A aussi. Pas de doute, ce médecin est la meilleure que je n’ai jamais eu. Elle est si pro, si pleine d’empathie quand cela est nécessaire, et si fine psychologue. 20 ans d’expérience en PMA, ça se sent. Je l’adore. Nous sommes touchés.

Elle lit le compte rendu. Nous demande comment nous allons… « c’est compliqué… entre joie et tristesse ». Elle résume, met les mots sur ce que nous ressentons. Pas un mot de travers, c’est exactement cela. « C’est normal… Je sais bien qu’on se projette vite… En 15 jours vous avez eu le temps de vous projetez loin… N’ayons pas peur des mots, il y a un deuil à faire »… celui de cet enfant, celui  votre parentalité de jumeaux… Oui, c’est exactement cela. Nous nous étions projetés avec nos jumeaux. Nous étions confiants et heureux. 2 bonheurs d’un seul coup ! Quoi de plus beau ! Et dans l’euphorie, et parce que nos familles sont loins, nous avions annoncé la bonne nouvelle à nos proches. Aujourd’hui, nous avons perdu un enfant. La grossesse de l’un s’est arrêtée. Nous devons repenser le schéma familial, les projets, les images, que nous avons ressentis et imaginés 15 jours durant. C’est bien un deuil couplé à une intense joie. C’est compliqué.

Nous passons ensuite à l’écho. Elle est délicate, et ne nous montre pas le second embryon (tiens c’est étrange… en écrivant je vois que j’ai avancé depuis la semaine passée… la semaine passée je nommais ce petit au cœur inerte comme étant le premier, aujourd’hui je l’appelle le second…). Elle mesure néanmoins le sac, qui en effet fait une taille deux fois inférieure à celui du petit bien portant. Déjà, il y a 15 jours, le sac de ce second était bien plus petit, mais l’embryon avait un cœur qui battait et la quasi même taille que le premier, aussi pour elle ce qui s’est passé était possible, mais face aux deux coeurs battants énergiquement, elle était confiante.

Quant au petit embryon bien portant, dis donc, depuis mardi il a encore grandi ! C’est impressionnant ! Son cœur bat bien. Les mesures sont dans les normes. Tout va bien pour celui-ci (et je ne peux m’empêcher de penser « pour l’instant »… le « au jour le jour » est revenu, la patience de l’attente aussi, mêlée en même temps à des projections à revoir et souhaitées).

L’écho se finie. Le prochain rendez-vous avec gygy est dans 15 jours. Pour le sésame… la déclaration de grossesse. Je profite de cette « j’espère avant dernière fois » pour la questionner sur les démarches pour la suite… J’aime qu’elle n’ait pas abordé le sujet de l’accouchement et de l’écho du 3ème mois, et qu’elle nous ai laissé le temps nécessaire pour nous même poser ces questions. J’aborde ainsi le sujet. Explique qu’avant les essais et l’attente, j’envisageais l’AAD (accouchement à domicile) ou les maisons de naissance de l’autre côté de la frontière (la France étant en retard vis à vis de ses voisins européens…). Elle me glisse qu’elle n’est-elle même pas contre l’AAD (punaise, c’est vraiment LA gygy de rêve !) ni les maisons de naissance quand la grossesse se passe normalement. On se comprend. Avant elle suivait les grossesses, aujourd’hui la PMA étant devenue une spécialité à temps plein dans cette maternité, elle n’effectue plus ces suivis. J’explique ensuite, que l’attente, la PMA et la fausse couche étant passées par là, et bien, je suis fatiguée. Je n’envisage plus aujourd’hui d’accouchement 100% physio coûte que coûte, mais un accouchement respecté à l’hôpital de notre choix. Et que finalement, à force de venir chaque semaine à la PMA, à avoir découvert les urgences, et n’ayant rien à redire sur tous les soins et soignants que j’ai rencontré, je me sens en confiance ici… dans cette maternité qualifiée d' »usine à bébé », celle-là même où 2 ans plus tôt je disais à Chérid’A « jamais » « tout mais pas là »… Comme quoi, finalement… Mais tout cela est cohérent, je souhaitais accoucher dans un environnement « connu » et donc « sécurisant » pour moi… d’où l’AAD et les maisons de naissance… Et bien c’est pareil, cette hôpital, finalement je le connais… En 1 an, c’est un peu devenu notre deuxième maison, et je m’y sens bien et en confiance. Voilà, le choix est fait. Le choix qui me remet un pied dans la « normalité » et le vécu de cette grossesse…

Le rendez-vous touche à sa fin… Nous avons abordé la perte, la vie, les possibles saignements, et l’accouchement. D’autres types de montagnes russes…

Elle me propose un arrêt de travail pour cette semaine. Elle m’explique que cet arrêt il faut le voir plus pour des raisons psychologiques, car physiquement ça va, il n’y a pas de saignements. Je ne suis pas certaine d’en avoir besoin. Je gère. Je refuse et garde cela dans un coin de ma tête au besoin.

J’ai eu besoin de pleurer mon petit « de suite », d’écrire ma peine et mes pensées envers lui « de suite »… j’ai eu besoin d’évacuer l’intense tristesse « rapidement » pour ensuite pouvoir penser à son jumeau bien vivant. Il est dans mon cœur, a trouvé sa place, et suis certaine qu’il/elle veille sur nous.

J’avais besoin que cela se passe ainsi pour pouvoir me consacrer davantage à mon petit bien portant lors de cette écho de vendredi. Sans oublier le second, évidemment. Chérid’A quant à lui m’a glissé à l’oreille, juste avant l’examen, qu’il espérait qu’une infime chance fasse que l’interne se soit trompée et que l’on voit le second petit coeur battre à l’écran. Notre gygy n’ayant pas cherché le second embryon, il m’a fait comprendre qu’il a été déçu, voire je pense frustré, ne pouvant vérifier l’infime espoir et chance dont il rêvait.

Bref. Du coup pas de saignements, pas envie de tourner en rond chez moi, pas d’arrêt. Mais au moindre saignement, stop, arrêt et repos pour 10-15 jours. Pas de saignements, donc vie normale… Alors ok. Ainsi ce week end ce fut le grand triage de l’appart… j’y ai retrouvé un objet dont j’avais oublié l’existence… « Chéri, tiens t’as vu, elles sont là les jumelles ». Ma fin de  phrase retombe comme un soufflet, je vois la tête de Chérid’A, mon cerveau en pense de même. Punaise, oui, la douleur est encore là. Elle aussi elle restera… passera de notre tête pour se loger et trouver sa place au chaud dans nos coeurs… pour ce petit coeur…

A mon ange

5 Juin

Ton petit coeur s’est arrêté. Celui là même dont nous avions vu les battements pourtant puissants il y a de cela deux semaines.

Je t’imaginais déjà avec ton frère ou ta sœur. Je vous projetais déjà tous les deux, mes jumeaux.

Je savais que cela était tôt, que le risque que tu nous quittes était présent. J’en avais même très peur.

Tu étais trop petit semble-t-il. Mais déjà si grand dans mon cœur.

Hier nuit nous avons vu ton petit cœur sans tressaillements.

La vie t’a repris. De là où tu es je suis sûre que tu protèges et que tu veilles sur ton frère ou ta sœur.

Je ne t’oublierai pas, te chérirai et penserai à toi. Tu as une place au chaud dans mon cœur.

Ma ding wa.