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Sans queue, ni tête.

28 Juil

Quand on discute avec Chérid’A de la situation à l’extrême-nord du pays, et dans le pays frontalier avec lequel je bosse (on se marre bien au taf’ hein…), on en arrive à « ???? ».

Lui stupéfait et disant « on n’a jamais vu ça, des kamikazes, ça n’a jamais existé avant, c’est une aberration ».

Ajoutant également pour son pays, « se battre pour une religion importée, n’importe quoi…» (car oui, que ce soit l’Islam, le Protestantisme, ou le Catholicisme, il s’agit de religions qui ont été « importées », la première par les peuples nomades notamment, les secondes sous le joug colonial. Bref, elles n’étaient pas présentes au pays avant le 19ème siècle).

Tu n’es pas sans ignorer les dernières nouvelles… Du sang pris pour on ne sait quelle cause… Une guerre impensable… Un désastre.

Par ailleurs, maintes fois j’ai expliqué que l’un de mes beaux-frères se trouve mobilisé précisément dans la ville dont on parle malheureusement ces derniers jours. Que te dire…

Et puis, chose extrêmement grave que les médias n’ont pas relayé (il faut les chercher les articles sur le web qui en traite…), par téléphone avec la famille, on a également appris que face aux exactions, les personnes fuient, les approvisionnements ne se font plus, les semis ne peuvent être faits… et qu’ainsi l’insécurité alimentaire (la famine si rien n’est fait) est déjà là.

Cette région est de type sahélienne, ainsi l’agriculture y est compliquée, les vivres généralement insuffisants en période de soudure (période où les stocks se finissent et où la récolte n’est pas encore faite. Elle a lieu durant notre été sur la bande sahélienne, ce qui correspond à la saison des pluies là-bas et donc aux cultures vivrières). Alors, avec le conflit et en cette période de soudure, les vivres s’amenuisent et ceux importés d’autres régions ou des pays frontaliers n’arrivent plus (routes trop dangereuses…), les commerçants désertent, les paysans ne peuvent plus aller dans leur champs sans risquer leur vie, les habitants ne peuvent désormais quasi plus s’approvisionner… Les marchés grouillants de monde sont désormais vides (d’ailleurs, le marché, c’est justement l’un des lieux où s’est produit un attentat). La faim, en 2015 putain…, et à cause d’un conflit boreal, guette les pourtours du Lac Tchad, sa sous-région, et ainsi plusieurs pays. Que dire… ?

Assister depuis son poste de télévision à tout cela.

Lire la presse avec effroi.

Se réveiller le matin en se demandant ce qui s’est passé dans la nuit.

Écouter les dires de nos familles par téléphone.

Être impuissant. Être inquiet. Détester les enjeux sans queue ni tête. Haïr la guerre.

Voila… notre sans queue ni tête est juste à 6 heures de Paris.

 

Grooosse Colèèèèrrrre

21 Juil

Deuxième post du jour.

Non prévu.

Et en grooooossseeee colèèère….

Donc en résumé… Dans ce pays…

  • Si t’as un cdi
  • Si ton conjoint à un cdi
  • Si vous êtes mariés depuis des lustres (ouai… 5 ans c’est des lustres non ?)
  • Si ton conjoint est en France depuis désormais 13 ans (la vache, ça le rajeunit pas lol)
  • Si les parents de ton conjoint, mariés aussi (je précise car c’est demandé dans le cadre officiel « lol »), sont en cdi (et des très beaux cdi)
  • Bref, si tout ce petit monde a un job décent, et des revenus corrects, voire plus que corrects (bon ok, sauf la couillonne qui a décidé de bosser dans un monde où le bénévolat est légion)
  • Si ces revenus sont au-dessus de leur % à la con pour autoriser l’accueil
  • Si t’as un appart’ où tu loges et que tu loues
  • Si t’en as un autre qui lui est en location
  • Bref si tu réponds au-dessus des critères minima
  • Et ainsi…
  • Si t’as une petite princesse toute fraiche
  • Si les grands-parents de la princesse vivent à l’étranger, hors UE
  • Et si il semble logique que ces grands-parents et cette princesse ont hâte de se rencontrer

Et ben tu sais quoi ?!!!

On te réponds « va te faire voir » ! Bon, la formule est brut, fâchée, aigrie, limite méchante… mais c’est bien cela si on veut être clair !

Voila voila…

Ben avec tout cela, figures-toi que la princesse elle n’a pas le droit de voir ses grands-parents, car ma mairie de marde (voila voila…), ou bien mon pays tout court, a décidé que l’attestation d’accueil était refusée !

(faillit m’étouffer d’un rire nerveux… car en plus à FritesVille, avec un moins beau panel de stabilité, nous avons toujours eu des accords, et aucun refus pour ma belle-famille)

Bref, on a eu un refus au niveau de l’attestation qui est à demander ici, même pas le refus que l’on craignait, soit celui au niveau de l’ambassade là-bas, car c’est le truc le plus hard, gros « lol ». Incroyable !! Impensable ?!!!!

Bon, si tu me connais, tu sais bien que ce n’est pas pour faire l’étalage de ma vie, mais bel et bien pour informer concrètement… car punaise, si nous on passe pas, mais qui passe alors ????

Voila, voila… VDM…

PS 1 : parait en plus que le courrier de refus nous a été envoyé il y a 10 jours, évidemment rien reçu… on l’a appris en téléphonant car 1 mois de délai depuis le dépôt de dossier (dont il fallait prendre rdv 1,5 mois avant), ça faisait long…

PS 2 : et dire qu’un pays intelligent (coucou Dame Lapin !) à créer le visa multi entrée, valable 10 ans, pour les familles directes de ses immigrés et/ou expatriés. En gros, tes parents, frères et soeurs… peuvent venir autant de fois qu’ils veulent !

 

Racines

13 Avr

Hier était le jour des 1 mois de La Lueur, mais ce n’est pas de cela dont je vais te parler (trop de choses à dire en même temps… entre elle a attrapé son pouce ! (bon, et ne l’a pas retrouvé depuis hier), mesure 57 cm et pèse un peu plus de 4.8kg, mais a toujours des difficultés jour/nuit et me fait une poussée de croissance de ouf (aka tétée toutes les 2 heures à nouveau)).

Je vais te parler de la journée d’hier. Jour de ses 1 mois donc. Jour du pliage de l’appart dans des boites !

Alors voila, après une mise en cartons de notre chez-nous, un champ de bataille trônant actuellement dans le salon, et notre dernière semaine à deux et ici s’amorçant (d’où mon retard monstrueux de réponse à vos com’), hier soir, en regardant par la fenêtre, j’avais la larme à l’œil de quitter cette fois-ci certainement pour de bon et définitivement mon chez moi, ma ville, ma FritesVille.

Ayant la Lueur dans les bras au même moment, je lui expliquai qu’ici, il y avait et il y aura toujours une partie de ses Racines. Que cette place que je vois presque de ma fenêtre, si animée, si festive au mois de Mai, si mixée, si populaire, si boboisante, si connue des jeunes et moins jeunes, si foulée et refoulée de mes pieds, sera toujours la sienne, celle de ses débuts, celle de nos débuts.

Ici ce sont mes RACINES.

Racines où je suis née.
Racines où j’ai grandi.
Racines où j’ai étudié.
Racines où Chérid’A est arrivé.
Racines où nous nous sommes rencontrés.
Racines que j’ai quitté maintes fois, et où je suis revenue à chaque fois car lui y étais.
Racines où j’ai travaillé.
Racines où nous avons découvert la vie de couple.
Racines où nous nous sommes mariés.
Racines où nous avons eu notre premier chez nous rien qu’à nous.
Racines où nous avons souhaité un enfant.
Racines où nous avons attendu cet enfant.
Racines où nous avons vécu la PMA.
Racines où nos anges se sont envolés.
Racines où l’espoir est de nouveau né.
Racines où la Lueur est née.

Des Racines que nous planteront samedi prochain ailleurs. Tout est à construire !

Des racines nouvelles qui seront plus au sud (m’enfin c’est pas compliqué hein…), plus bétonnées mais aussi davantage campagnardes aux alentours, moins entourées de proches cependant (va falloir se créer un réseau…), mais avant tout ENSEMBLE !

Ces Racines Ch’ti, je lui expliquerai qu’ici ce fut et ce sera toujours chez elle, tout comme dans le pays d’origine de son papa où c’est aussi chez elle.

Ces Racines Lillo, je lui dirais que son premier mois de vie fut ici ! Et que pour moi c’est et ce sera toujours MA ville !

Ma soeur, enfin proche toutes les deux depuis deux années, et amoureuse folle de la Lueur, était tristounette hier. Ne restant plus qu’elle et mes grands-parents, ainsi que mes cousins et leurs parents (mais que l’on voit et connait si peu), mes parents ayant quitté la région il y a 10 ans pour mon frère (du fait des temps d’attente dément dans ma région pour des places en centres spécialisés pour adultes).

Bref, nous voila donc quasi partis rejoindre Chérid’A. Se retrouver à 3 au quotidien après avoir été séparés au quotidien depuis l’automne 2013. Ce nouveau départ mettra un terme à la troisième longue séparation géographique de notre couple.

Me voici sur le départ (même si je reviendrai souvent pour le boulot) ! Une nouvelle vie s’annonce ! Un nouvel ailleurs, pas très loin, mais certainement un départ définitif de mes Racines… ! C’est ainsi à la fois si heureux ! et si étrange…

Et je formule aussi un voeux… Que mes Racines ne sombrent pas plus dans les profondeurs obscures de la Haine qui sous ses airs de changements formulés sourires aux lèvres, jeunesse et nouveauté en façade, promesses d’un avenir meilleur qui ne peut que parler au plus profond de nous même quand on galère tant et que l’on en vient à penser que c’est de la faute de…, n’est qu’une illusion d’optique et un bien réel rejet… sur… sur l’autre bien entendu. Cet autre qui pourtant est mon voisin de toujours, de demain, d’hier… du même Monde tout simplement. Alors mes chères Racines, restées fidèles à vous mêmes, à nos chansons…

PS : Je n’aurai pas le net pendant quelques temps… désolé par avance pour le retard de réponses que cela engendrera, et énormes croisages à ceux et celles qui en ont besoin.

Reblog : Lat Dior, Roi du Cayor

4 Fév

Une autre vue, faite d’une anecdote excellente (c’est beau les yeux qui brillent 😉 !!), du schmiliblick « Histoire » de mon article de la veille, lequel faisait également suite à celui de Gaou. Des questionnements et vécus similaires en somme… Et puis c’est marrant un blog, car grâce à l’article de Miss Canada, après l’avoir reblogué en France, nous voici au Sénégal ! 3 continents en 2 jours ! L’Histoire et le Monde nous lient bel et bien tous !

Petite Yaye

lat-diorCe week-end au centre hippique Grand Choco s’est émerveillé devant un cheval qui s’appelait Lat Dior.

– Quoi, mais tu ne connais pas Lat Dior ???!
– Ben non, je ne connais pas Lat Dior…
– Mais on vous apprend quoi à l’école, c’est un personnage clé dans l’Histoire du Sénégal.
– Tu sais le Sénégal quand tu es en France… On te parle vite fait de triangle de commerce (le mot esclave étant presque tabou), de colonisation et décolonisation, encore plus rapidement des tirailleurs sénégalais (et encore…), au milieu de l’Histoire gréco-romaine, du Moyen-Âge, des Rois de France, de la Révolution française, des guerres mondiales, mais non, désolée, je ne connais pas Lat Dior…

Il nous alors a raconté l’histoire de ce Roi du Cayor.
C’était captivant et il avait les yeux qui brillaient de souvenirs de bancs de l’école, une école bien différente de la mienne quand j’y pense. On…

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Les pieds dans le plat : mes questions existentielles sur le dépistage de la T21.

5 Déc

Mon rêve étrange

Cette nuit j’ai rêvé. Chose rare, je suis une piètre rêveuse en réalité… Mais les insomnies me font faire d’avantage de rêves éveillés actuellement.

J’ai d’abord rêvé d’une chose improbable… « Nous devons faire une iac samedi matin ». Et dans mon rêve c’était pas clair, suis-je enceinte ou pas ? Je me suis réveillée en sursaut bien entendu… Peut-être le rendez vous du 6ème mois du jour qui me turlupinait… Tout va bien de ce côté !

Le pourquoi de cette perturbation dans mon sommeil ?

Mais hier nuit j’étais aussi perturbée suite à un événement qui a été relaté hier au taf’ de Chérid’A. Son boss est chef d’entreprise et maire. Une pile électrique assurément ! Monsieur Boss-Maire a passé des coups de fils furax et consolants hier de son boulot. Il a informé ses collaborateurs du « cas » auquel il était confronté. Eh bien figures toi que c’est un truc de fou. Des parents d’élèves de l’école se sont plaint par écrit (mail) à la direction de l’école de la présence d’un adulte trisomique qui était passé dire bonjour à une prof’ qui petit le gardait. WTF ??????????????

Le directeur de l’école a donc informé le Maire. Et le Maire a donc passé sa matinée excédé… à appeler les parents de ce jeune adulte, parents désespérés et en pleurs face à tant de haine. Chérid’A était stupéfait, moi blasée… et profondément dégoutée.

Alors tout cela a refait surface. Toute mes questions existentielles quant au tri-test ont été de nouveau au gout du jour dans ma tête.

Depuis un bail j’ai des trames de post à ce sujet qui trainent ici et là. Cette fois-ci, je m’y colle, en espérant ne pas choquer. Car oui, je ne suis pas convaincue de la façon dont est actuellement « solutionné » ce handicap.

Pour être « cash », bien avant nos essais, nous avions décidé de ne point faire de tri-test car nous n’en voyons pas l’utilité. Tu connais la suite, les essais se sont transformés en années. Et la fois où nous avons été confrontés à exprimer ce non souhait de dépistage, c’est cette année.

Nous avions également envisagé de ne pas faire de clarté nucale contrôlée, mais étant donné que la clarté nucale est un indicateur de diverses pathologies, et non pas d’une seule, nous l’avons fait.

Ainsi, en septembre/octobre, aux rendez-vous médicaux suivants les 12 sa de La Lueur, la question obligatoire (la législation demande au médecin de PROPOSER le tri-test) fut posée. De différentes manières… et c’est bien là le soucis :

  • ma gygy adorée : elle fut parfaite !!!! ❤ ❤ ❤ avec son « Envisagez-vous de faire le diagnostic de la trisomie 21 ? ». Ce jour là, elle a encore gagné dans mon estime et ma reconnaissance envers elle avec ce « envisagez-vous ». Je lui ai dit que j’étais soulagée de la façon dont elle posait cette question que je redoutais… cette question sur une prise de sang qui est tout sauf anodine. Une jolie discussion a suivi. Je l’adore cette gygy !! Punaise, ça m’émeut encore de l’écrire… 
  • ma gygy de ville qui prenait le relai : elle fut pas mal. Elle posa deux fois la question, une première fois en me demandant si je l’avais fait, et une seconde sur mes motivations à ma réponse de non. Oui, la justification est de mise… et ce n’est pas normal à mon sens.
  • mon médecin traitant : là ce fut la cata. C’était le soir de l’annonce à ma meilleure amie, j’avais un smile d’enfer, et heureusement. Il me demanda si j’avais fait le tri-test, et à ma réponse « ce n’est pas utile », il avança ses mains sur le bureau et m’a répondu [choqué] « il FAUT le faire ». Avec mon sourire du jour, et me demandant si j’avais pas zappé un truc sur les pathologies potentiellement détectables par le tri-test, de façon anodine et naïve, je l’ai questionné fissa avec un « Pourquoi il faut ? ». Là il y eu un blanc. Quelques secondes de silence plus tard, lui incapable de répondre (forcément y’a pas de réponse), il devint rouge de honte, puis s’excusa. Il m’a ensuite fait mon ordonnance pour le motif de ma venue, puis s’est excusé à nouveau… et nous avons discuté… En 10 ans d’exercice, je suis sa première patiente à refuser ce diagnostic et à le trouver inutile, bref à être 100% sûre de ne pas souhaiter d’img (et à ainsi préférer ne pas risquer de possibles remises en question face à une prise de sang pas top). Perso, je trouve cela flippant.

Pour moi, la question en amont du tri-test est « pour quoi faire ? » « que vais-je faire ? »… Et ce que je déplore, c’est que cette question n’est que peu soulevée en amont…  alors que même si ce n’est qu’une simple prise de sang, c’est bien plus que cela au fond. Preuve en est le stress engendré, l’inquiétude et les questionnements qui surgissent lorsque les futurs parents la font. Tu me diras, j’aurai aussi pu la faire pour savoir… Oui, c’est vrai. Mais j’étais très mal à l’aise avec l’idée de scruter la « normalité » de mon bébé, sachant que ce n’est pas une pathologie mortelle même si la prise en charge n’est pas facile et que oui le handicap change une vie.

Voila voila… ce sont mes épisodes vécus et relatés à vif à l’instant.

Et donc, le brouillon enfin ressorti !

Pour suivre cette « intro », et laisser place aux questionnements, je sors enfin le brouillon sur le tri-test et la trisomie que j’ai rédigé en octobre… et que je pensais faire paraitre le 21 novembre dernier, soit le jour de la journée nationale de la trisomie 21 en France. Mais bon… étant donné que je ne l’ai pas fait… et étant donné que ce week-end c’est le « Téléthon » (même si les fonds ne sont pas destinés à la recherche sur la T21 mais sur d’autres pathologies tout aussi importantes à expliquer !), voila voila, je vous ai ressorti tel quel cet écrit « un peu fâché » et qui faisait suite à mes questionnements face aux réactions de mes médecins que je viens de citer.

Le voici donc :

« Il est tellement rentré dans les mœurs qu’on fasse la chasse au handicap, qu’il n’y a plus personne qui se pose des questions là-dessus. » Pr Israël Nisand.

J’ai hésité à écrire ce post. Par crainte de me faire démonter, de me faire répudier, de me faire conspuer, de me faire traiter de Catho (à priori c’est une insulte), de reac’, d’anti machin ou anti machin truc, de que sais-je-encore. Et pourtant, rien de tout cela, juste des questions et des réflexions piochées ici et là. Ainsi, si vous y ressentez cette violence qui n’en est pas, c’est certainement que ce post de par ces questions dérangera…

J’ai donc pris mes doigts et mes neurones, et ai listé mes questions, lu quelques articles, interrogés mes interrogations sur ce chiffre qui parle de lui-même : 96% des trisomiques dépistés avortés. Ca donne cette image là en somme…

96

C’est un choix, oui, c’est bien vrai. Mais comment ce choix est-il libre ? est-il orienté par la société ? par les normes ? par le poids économique du handicap ? par l’esthétique ? par le tabou de la déficience mentale ? par le sentiment qu’on sera délaissé, rejeté, abandonné, si l’on fait un choix contraire ?…

Garder un enfant trisomique, cela demandera d’aménager sa vie, oui, c’est vrai. Carrière qui freinera, amis qui partiront alors que d’autres s’ajouteront… Tout comme la pma en somme… Que risque-t-on ? Y survivre ? En être heureux ? Découvrir de nouveaux sens à la vie ? Ou la crainte du regard des autres, voire de la carrière devenue secondaire, sont-ils plus forts que l’enfant qui pourtant, juste avant le diagnostic, était désiré ?

Les progrès pour diagnostiquer les maladies avant la naissance ne vont pas sans problèmes : cherche-t-on à créer une société sans handicaps ni différences ? Surtout, va-t-on culpabiliser ou condamner ceux qui préfèrent quand même donner naissance à un enfant « malade » (au sens large du terme) ?

A mes yeux, le souci de ce tri-test c’est que ce n’est pas qu’une simple prise de sang. C’est le dépistage précoce d’une pathologie non mortelle, qui nécessite des soins, avec laquelle on peut bien vivre aujourd’hui, et qui oui, comme tout handicap, est un chamboulement dans la vie.

A ce jour, dans notre société actuelle, qui a légiféré sur la possibilité d’IMG pour la trisomie 21, il est de moins en moins légitime de faire poursuivre la vie d’un enfant trisomique. L’acceptation du handicap est de moins en moins tolérée, y compris au sein même des familles où des reproches (mais pourquoi tu ne l’as pas tuer = « mais pourquoi tu l’a gardé ? ») peuvent être faits.

Je me questionne si la conséquence de cette possibilité d’IMG n’est pas un désengagement plus profond des familles, de l’Etat, des individus, des citoyens, des acteurs de la vie quotidienne… envers les personnes les plus vulnérables, et notamment les personnes handicapées.

Plutôt que d’investir dans les solutions thérapeutique, c’est la possibilité d’élimination qui a été mise en avant. A son grand désarroi, le Dr Lejeune, chercheur qui a découvert le triple gène de cette pathologie, a aujourd’hui fondé sa fondation qui lutte pour l’inclusion et le droit à vivre des personnes trisomiques, et qui en même temps poursuit ses recherches sur les thérapeutiques. « Un chercheur trouve… mais sa découverte ne lui appartient plus ensuite… elle peut être utiliser pour détruire ou pour guérir… » me dit souvent mon « ex-« chercheur d’homme. C’est ainsi souvent ensuite une question d’économie de la santé, et oui, car la prise en charge de personnes invalides coute cher… Mais la vie a t elle un prix ?

Alors quand je vois certaines réactions bassement dites entre deux caddies [balades toi au supermarché avec ton enfant ou ton pote triso, tu y verras des regards gênés, mais aussi des confidences à l’oreille…] [ajout du jour : cf aussi l’épisode mail du boss- maire], est ce devenu un crime que de laisser en vie une personne trisomique ?

Le clou du clou que j’ai déjà lu et entendu face à une décision d’avortement est : « c’est mieux pour l’enfant ». Très bien, alors pour le savoir je propose qu’on aille demander directement aux principaux concernés plutôt que de parler en leur nom. Pas de bol, les personnes trisomiques comprennent et savent très bien ce qui se passe…

Bon, je ne suis pas naïve pour autant, dans le contexte actuel, demain les personnes trisomiques ne seront plus de ce monde. L’homme se détruit lui même à rechercher une vie si parfaite. Et d’ailleurs parfait c’est quoi ?

En quelques années, le graal est-il devenu d’obtenir un score au tri-test de 1/sur le plus de chiffres possibles : pourquoi ? comment en moins de 20 ans a-t-on pris peur à ce point sur une pathologie qui existait déjà ? pathologie avec laquelle les personnes peuvent vivre jusqu’à 60 ans aujourd’hui ? quel est donc ce gros mot que l’on nomme trisomie ? et puis pourquoi focaliser sur la T21 ? et puis, comment les regards sont-ils en train de se modifier envers ces personnes ?

C’est comme la PMA, quand on ne connait pas, ça fait peur. Et tout comme dans la PMA, quand on est dedans, oui, c’est pas facile, oui ça fait mal, oui c’est injuste… Et c’est une épreuve possible parmi tant d’autres. Comme ma belle-mère dit « le valide d’aujourd’hui peut être l’handicapé de demain ». Nul ne peut prédire que demain le handicap (accident, démence…) ne viendra pas frapper à sa porte, alors pourquoi stigmatiser ce handicap en particulier ?

Tu vas me dire, je fais dans la provoc’. Pas faux du tout, car provoquer ces questions c’est oser provoquer des questions taboues.Et face à mes propos certains penseront, « ben elle n’a qu’à adopter un enfant trisomique ». Ben voyons, fastoche de renvoyer la balle alors que la question n’est pas là.

Et puis n’est ce pas un bon baromètre sociétal que l’acceptation [et l’entraide par tous, y compris, voire surtout par les non concernés directement] de la différence et la protection des plus vulnérables, plutôt que leur rejet et le désengagement ?

Aujourd’hui, ce qui m’inquiète, c’est qu’in fine on croise de moins en moins de jeunes trisomiques dans la rue, à l’école… forcément, s’il y en a moins… Alors, comment changer notre regard sur le handicap dans ces conditions ? Comment rester persuadé que mieux vaut guérir que mourir ? Et demain, visons-nous une société sans trisomie ? sans différence ? sans tare ? Je trouve cela si triste…

Et indirectement, à envoyer cette image de « c’est normal de faire une img » (cf mon médecin&co), certains doivent se sentir pousser des ailes et [ajout] s’autorisent le mail à l’école dont je vous parlais…

Finalement toutes ces questions « existentielles », elles sont si similaires aux regards qui parfois nous est porté dans nos parcours pma : « mais pourquoi se faire tant de mal ? mais t’as qu’à laisser tomber ! » me suis-je déjà entendue dire… Aujourd’hui, la Lueur est là, et punaise, qu’est ce que ça en vaut la peine !

 

Quelques sites d’infos et vidéos :

Quelques liens, BD et blogs sur les familles d’enfants trisomiques et des vécus de tri-test:

Un texte de réflexions de la part des professionnels de la médecine prénatal

  • dont voici un extrait :  » 92% des cas de trisomie 21 sont détectés, contre 70 % en moyenne européenne et 96 % des cas identifiés donnent lieu à une interruption de grossesse. Comment expliquer que 96% des fœtus diagnostiqués trisomiques soient supprimés avant la naissance ? Pourquoi est-il pratiquement inimaginable pour la majorité des parents d’accueillir leur enfant handicapé ? Les parents qui auraient fait le choix de faire naître en toute connaissance de cause un enfant trisomique ne sont-ils pas de plus en plus amenés à se sentir coupables d’avoir opté pour cette décision envers et contre tout ? Puisque la société leur avait donné le droit de recourir à une IMG en cas de trisomie, ne doivent-ils pas se préparer à affronter le regard désapprobateur des autres en justifiant par avance leur choix ? »