La claque.

27 Oct

« Tu peux réussir quoi que ce soit, passer ta journée avec des vedettes ou dans des soirées mondaines, le soir, tu rentres chez toi, rappelle Mehdi. Et tu te confrontes à la précarité et à ses gens qui ont peu d’espoir. » C’est ce qu’il nomme la « schizophrénie » des gens de banlieue « qui émergent ». Badrou enchaîne : « On sera jamais totalement dans le système. Y’a une insouciance qu’on n’a pas. » (le tout est ici)

Même si je ne suis que fraichement arrivée du côté des unes de la une 😉 (elle aime teeeeellement ça « la une »… je suis quasi sûre qu’ils ont un correspondant H24 ici… y’a tellement « d’actus » !)), je souffre d’ores et déjà des maux de Medhi et Badrou (doivent avoir bien bien mal à la tête ces deux gars lol)… je nomme « la « schizophrénie » des gens de banlieue « qui émergent ». Enfin, là dans mon cas, c’est plutôt la « schizophrénie » des gens de pas banlieue qui arrivent en banlieue et ne bosse pas en banlieue (française du moins ;-)).

Et puis l’insouciance, hein, bon entre l’autisme, la PMA, le wtf « ton mec est étranger », le re wtf « mais pourtant » il fait des études (trop) longues et le reste des bla bla bla, mon job et ses études décapantes… la vie quoi… ben l’insouciance, in fine, personne ne l’a plus à un moment donné dans sa vie, et c’est comme ça.

Bref. Le topo est simple : je sors la tête de l’eau de façon schizophrénique, oui, c’est ça en fait. Une bonne cla claque en somme.

Bosser avec les plus vulnérables au quotidien.

Chercher des sous pour mener des actions de développement social et économique. Mener des projets inclusifs. Des tout tout petits aux plus grands des grands. Accompagner tout un chacun pour lisser les inégalités.

Ailleurs surtout, ici un peu. Ca aurait pu être l’inverse, mais ma passion étant dans l’ailleurs. J’aime bosser en sans frontières, et c’est ainsi.

Parce que je suis têtue, et que je ne voulais pas lâcher mon job pour suivre mon mari…

Avoir déménagé dans un quartier très sympa, entouré de gens comme toi et moi partout (le monde quoi…), mais aussi de pauvreté une rue plus loin. Ou plutôt de personnes prises au piège et à la gorge. Comment peuvent-ils sortir de là ? Je t’assure, je suis tombée des nues en constatant à quel point mon pays, pire, sa région capitale, est cloisonné.

Assister tous les deux jours au bal « desamusé » (jaune le amusé).

Choper un RER bondé. Puis choper un train bondé. Rien de transcendant.

Observer. Lire. Cogiter.

Observer le RER bondé de gens fatigués… se levant trop tôt… pour des salaires de marde. Observer le train bondé de gens tout frais… se levant plus tard… pour des salaires décents.

Être choquée.

Être choquée. D’autant plus choquée que mon trajet du matin est dans cette ambiance schizophrène, et que mon boulot du quotidien l’est tout autant.

Et d’autant plus choquée, allez on va pas se mentir, face au constat flagrant qu’est l’uniformité (ou quasi) des couleurs de peau (et c’est la seule « différence » pétard !) associée au moyen de transport. A tel point que ça fait déjà deux fois qu’un gars m’aborde en me demandant ce que je fous là dans ce rer là, car je fais tâche. Alors que dans mon train cosy je passe incognito ou presque (ouai, presque car je bosse ni en tailleur, ni en talons), et que mes compatriotes du RER je les troque contre mes compatriotes TGV. Deux mondes ou presque (yep, presque, y’a des infiltrés jvous dit ;-), et j’en fais partie ! et puis mon homme aussi en fait 😉 !).

Être triste.

Être triste. Si triste. Si terriblement triste de voir tous ces petits et grands coincés dans des horaires à la con, des trajets trop longs, des emplois insuffisants, des logements (ah la la.. ca vaut un post entier les logements !) foutage de gueule pour des prix hallucinants…

Être contente et énervée. Contente de ne pas vivre bête et ignorante grâce à ma nouvelle citée. Énervée contre moi-même car notre souhait le plus cher est juste de nous casser.

En ce jour dramatique d’il y a 10 ans, et en tant que fraichement arrivée par ici, je m’interroge… Et comme le souligne le monsieur interviewé ce jour sur France Cult*re, ah ca oui il y en a des bâtisses, et des bâtisses, et des bâtisses toutes neuves… mais des lieux de vie ? des lieux économiques ? des lieux de savoirs ? des lieux autres que les centres commerciaux sur centres commerciaux sur centres commerciaux qui en deviennent les centres-villes tout court ? Alors les bâtisses à 4 étages plutôt que 10, certes c’est beau, mais sincèrement est ce qu’un paysage crée une dynamique sociale, citoyenne et économique ???? Est-ce qu’un horizon moins haut réduira les flagrantes inégalités ? Est-ce que du beau cache la misère ? Est-ce que vraiment c’est ce nouveau parcage qui ressoudera l’ensemble de la fracture ?

Je me questionne une fois le boulot fini pour cet ici car c’est désormais mon ambiance de voisinage (et boreal, ça se passe bien !) (même si oui, y’en a quelqu’un, perdus, qui pètent les plombs littéralement), et je tente d’agir à longueur de journée pour mon taf’ qui agit sur des questionnement similaires bien plus loin, voire complètement identiques (en particulier au Brasil), tout en sirotant des cocktails guindés de temps à autre et en longeant les murs des plus belles instances de ma République. Si avec ça tu te fais pas des noeuds au cerveau…

Bref, Silencio il parait. Dense Silencio. Il tombe bien ce lieu pour mes deux chouchous ! Il doit être terrible leur bouquin ! Elle est si juste leur phrase citée au début de ce post. Les Kids ont grave grandit, et c’est ainsi ! Merci !! Merci de m’avoir enfin fait sortir ce post de ma tête… des semaines qu’il tournicote chaque jour de rer/tgv schizophrène !

PS : 😉 aux Champs-Élysées… ça m’a bien fait marrer ce moment là pour vous (re rire jaune bien entendu)… du vécu similaire ici aussi… doit y avoir 4 ans désormais… l’histoire d’un conjoint, classe pourtant (pas touche… grrrrr….), qui n’a pas pu suivre sa chérie partie shopper à Z*ra… elle l’avait devancé, ben lui n’a pas pu rentrer…

Publicités

6 Réponses to “La claque.”

  1. lach0uette 28 octobre 2015 à 04:29 #

    Si ça peut te faire un peu de bien, dans d’autres grandes villes de province (dont une que j’habite), je n’ai pas du tout constaté ce clivage. Pourtant mon moyen de transport en commun traverse un quartier défavorisé (et je vais souvent bosser très tôt le matin).
    C’est assez mixte.

    • Bounty Caramel 28 octobre 2015 à 09:34 #

      Oh tu sais, je vois bien, là où on était avant (grande ville aussi), et encore avant, et encore avant… ce n’était pas ainsi. D’où la claque….

  2. La reine de la PMA 28 octobre 2015 à 08:17 #

    C’est sûr qu’il y a des clivages à Paris et en RP. Même si je ne suis pas adepte du « c’était mieux avant », j’ai l’impression qu’il y avait moins de ghettos (de riches comme de pauvres) il y a quelques années et que les relations se tendent de plus en plus. Bref, c’est pas gagné…

    • Bounty Caramel 28 octobre 2015 à 09:37 #

      En parfait accord avec ta vision… de toute façon c’est un fait mondial… il n’y a jamais eu aussi peu de personnes détenant autant de richesses à eux seuls à travers le Monde.. Pas de raison que la France soit épargnée. En tout cas, le clivage Paris/RP c’est particulier… et j’ai du mal à voir comment ça va s’arranger…

  3. petiteyaye 28 octobre 2015 à 17:03 #

    que dire… par quoi commencer… moi j’ai pris cette claque skizo en 2003, elle ne m’a pas lâchée depuis, même si au Sénégal je la vis de façon très différente, peut-être parce que malheureusement la misère est plus douce au soleil……. : je m’en suis rendue compte un dimanche entre 2 avions dans un rer de 6h du matin ! gros sujet de société en tout cas et tes heures de RER ne suffiront pas à y répondre…. mais ça n’empêche pas de l’ouvrir !

    • Bounty Caramel 28 octobre 2015 à 17:14 #

      😉 tu m’as comprise ! J’ignorais que tu l’avais vécu…
      C’est exactement cela. Un paf’ prise de conscience si on se met à observer, matinalement ou tardivement en effet.
      Vu mon taf’ qui est loin… je prend le RER bien bien loin de Paname à 6h… et l’homme a du le prendre à 4h30 du mat’ (pire que le 6h… des gens tellement encore plus épuisés… qui n’ont pas d’autres choix que d’être là à ce moment là) pour choper un avion très matinal… Le soir, tard again, c’est rebelote.
      La fois où je suis partie au RER de 7h… ce n’était pas les mêmes personnes dedans… Incroyable…
      Enfin, tu vois ce que je veux dire, tu m’as comprise parfaitement. C’est un truc de malade… !
      D’une tristesse infinie… et ici sans le soleil, et avec le chacun pour soi occidental, c’est particulièrement cru et hard. Une misère bien différente, et bien réelle.
      Des bises (tu vois, tu reviens, et je balaye la pause 😉

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :