Une chanson, un souvenir, une histoire – à découvert, en aparté

24 Jan

(Parce qu’avant-hier une des villes où j’ai un peu posé mes valises était dans la petite lucarne sous un de ses angles les plus durs; parce qu’hier, à lire les souvenirs Pimpinèsques, mes souvenirs sont revenus; parce que hier soir j’ai constaté que je connaissais encore (presque par coeur) ces paroles qui me font parler en souvenirs). 

Il fait chaud.

Il fait humide.

Cette chaleur qui étouffe et te fait dormir.

Cette chaleur langoureuse qui t’enveloppe le corps.

Nous sommes juste à la fin de la saison des pluies, au mois d’avril, lorsque le soleil tape après les pluies diluviennes, que l’air est lourd de son humidité stockée, que la chaleur est étouffante. Saison où dans certains quartiers les voitures s’enlisent dans les rues devenues bourbiers sous les flots ininterrompus ; saison où la pluie et le souffle du vent-tempête détruisent des maisons et éboulent des pans de terrain tout entier ; saison où, si ton toit est solide mais de tôle, le bruit des gouttes te réveille en pleine nuit dans un fracas assourdissant ; saison où la pluie est aussi et surtout ton amie, garante des récoltes à venir, si tant est qu’elle n’ait pas emportée avec elle tous tes semis ; saison où la pluie est bien moins froide qu’en ce moment ici.  

Les moustiques, les tarentules, les fleurs, les scarabées, les fruits sont immenses. Dans ce pays tout est géant, tout est luxuriant. Tout pousse si facilement ici, toute la Nature est englobante et généreuse. Tous les minerais sont non loin, toutes les richesses sont à portée de main, toutes les conséquences de leur présence aussi.

En cette saison, tout est vert, d’un vert pétillant, d’un vert vert, le vert de l’herbe grasse du printemps en Bretagne. Le mois passé, alors que nous étions à quelques centaines de kilomètres de la grande ville,  je m’étais fait cette remarque, je connaissais ce vert, plus encore, j’avais déjà vu ce paysage.

J’étais au milieu des prairies d’un vert tendre, verdure broutée par un troupeau de vaches blanches et rousses. Tilt. Je connaissais ce paysage. Mais oui, mais oui, clairement, la ressemblance avec le paysage de la Bretagne était frappante. Des petites collines, des vaches tachetées pour certaines, juste rousse pour d’autres, et cette herbe si verte. La première fois que j’ai vu et compris l’analogie de ce paysage j’ai été amusée et déçue. Je ne me sentais pas dépaysée, et en même temps ça me faisait bien marrer de me voir si surprise de ce constat.

Je suis au niveau de l’Equateur dans un pays grand comme quatre-vingts fois mon pays frontalier du moment. Aouuch, quand même quoi, c’est immense ! Et dire que le Roi de mes origines maternelles a fait de cet immense pays sa propriété particulière, sérieux, si c’est pas de la mégalomanie ?! N’empêche que voila je suis dans un pays qui a une histoire commune avec le pays d’une partie de mes aïeux. Et à mon grand bonheur, j’y suis pour quelques mois !

Nous sommes maintenant en saison sèche, au mois d’août, dans deux mois je repars en France, soutiendrait mon mémoire et refuserait une thèse à réaliser entre ce géant et mon petit pays. Je suis attablée avec mon binôme dans une des salles de son école, partenaire de la mienne sur ce projet. Nous faisons une dernière fois le point sur les préparatifs des enquêtes pour notre stage commun. On calcule, on recalcule, on annote, on modifie, on peaufine, on discute. Demain on part pour la semaine, à côté, à une demi-journée d’ici (forcément, vu la taille du pays…). On ira échanger et apprendre avec les détenteurs des savoirs de la Terre, ceux qui partout dans le Monde l’a cultive pour se et nous nourrir. On a hâte d’y être. Là-bas nous serons dans les hauteurs qui entourent la ville tentaculaire, là-bas la fraicheur sera de mise et ma polaire sera ma compagne pour la nuit.

On ferme nos pc, c’est bon, on a terminé pour la journée.

Place à la pause !

On descend au bar du quartier. On se met sous l’arbre, dehors, les pieds sur la terre rouge et dorée. La musique ambiancée en doux fond sonore, une Primus à la main, on papote, on débat, on refait nos vies, on refait la vie.

Il est 18h. Le soleil commence à se coucher. La nuit tombe tôt sur l’Équateur. Chaque soir de l’année, a à peine 19h, la nuit noire est tombée. Il est temps de rentrer. On m’attend à la maison pour dîner et je dois encore préparer mes affaires pour demain. Lui aussi d’ailleurs. On se souhaite une bonne soirée, demain matin on se lève aux aurores, et moi assurément aux cris (stridents) des cui-cui qui adorent démarrer leur journée sous ma fenêtre ouverte.

Arrivée chez moi, je file dîner. Le repas est déjà prêt. Je n’ai qu’à mettre les pieds sous la table, c’est abusé pour ce soir… mais c’est pas tous les jours que je rentre si tard. Au menu, ce soir c’est fufu, chikwangue, pondu, tilapia… ben dis donc c’est pas demain qu’ils vont fondre mes cuissots !

Le repas terminé, la table débarrassée, je file aller faire mes paquets pour l’excitante semaine qui s’annonce. Je tel à Chérid’A, les minutes sont comptées, le forfait se grillant à une allure folle. Ce sera mon plus gros budget de tous ces mois passés, le téléphone. J’ai « besoin » de mes 20-30 minutes par jour cette année. L’an passé, loin aussi durant des mois, ailleurs, cela faisait une année de moins que nous étions ensemble, c’était plus simple à gérer.

Il me manque, je lui manque. Et pourtant cela ne fait que 4 mois que nous sommes séparés, et surtout c’est moi qui suit loin, qui suit partie, or c’est toujours plus simple de partir, tu es accaparée par les découvertes et la nouveauté. Pour celui qui reste, c’est dur. Rien ne change et la présence en moins de sa moitié se fait d’autant plus sentir.

On papote une demi-heure, on se raconte nos vies. J’arpente ma chambre, me pose sur le lit, regarde les photos de nous deux accrochées sur le mur. On se raccroche, on se souhaite de beaux rêves, on continuera demain, puis demain, puis demain, on a toute la vie (souhaitons-la la plus longue possible) pour être ensemble et se découvrir.

On a toujours mieux discuté des essentiels ainsi, au téléphone. Sans en avoir d’autres choix, on a construit notre couple dans la confiance alliée de la distance au cours de nos presque trois premières années. Moi étant toujours partie loin la moitié de l’année, puis à l’autre bout de la France pour l’autre moitié. Et même après, je suis repartie, et même aujourd’hui c’est toujours ainsi. On eu la chance du coup de foudre qui ne s’éteindra (j’espère) jamais. On a eu la chance de vivre pas mal d’épreuves, seuls avant, ensemble dès le départ, ce qui me donne parfois la sensation que la PMA n’est que la suite logique.

Malgré tout, malgré que je sois heureuse d’être ici dans ce pays si loin de lui, malgré les discussions journalières me coutant la moitié de mes indemnités de stagiaire (tant pour lui que pour moi d’ailleurs), il me manque. Alors j’ai mes chansons bonheurs et nostalgies qui me font penser à lui, les chansons qu’il m’a fait découvrir, les chansons du pays de son enfance à lui. Aujourd’hui encore, la distance aidant de nouveau, de temps à autre je tombe dessus, je les passent en boucle, et me remémore les souvenirs (ceux couchés ici) qui correspondent aux premières écoutes lorsque nous étions encore bien plus loin l’un de l’autre, lorsque j’étais dans ce pays immense, dans la titanesque capitale.

Nous nous sommes raccrochés alors qu’il était bientôt l’heure de Morphée. Mes affaires sont prêtes. La nuit, si calme, si noire, est tombée depuis longtemps. J’allume mon pc et écoute nos musiques pour me bercer.

Le sourire aux lèvres, la bouche en cœur, je mets ce que j’ai décrété être mon son pour cette année. Une chanson parmi tant d’autres qu’il m’a mis sur mon pc avant de partir. Une chanson où je ne comprends aucun mot, et lui que quelques brides. La langue est pure, ancienne, actuelle. Les expressions sont parait-il déjà appartenantes au passé à l’heure où elle a été chantée. C’est un poème, une ode à l’amour d’une femme seule sans l’homme de sa vie. Ce qui est drôle c’est qu’au moment où j’ai (tenté) d’apprendre mot à mot cette chanson, je ne le savais pas, je ne connaissais pas le sens de cette histoire (mon Chéri ne comprenant pas tous les mots, le sens qu’il en pensait était tronqué)… Comme quoi…

Cette chanson c’est l’essence même des « très vieux » bikutsi du pays aux 2 langues officielles, et plus de 200 langues parlées, qui a vu naitre ma moitié. Et, si l’on devait résumer le bikutsi, on dirait que c’est le chant des joies et des peines des femmes. Du purisme traditionnel, le bikutsi est, à mes yeux, aujourd’hui, passé à une dimension plus « festive et populaire ». Le bikutsi est chanté dans l’une des langues de sa mère… et c’est ainsi, qu’aussi, toute la question de la transmission me vient en écoutant aujourd’hui cette chanson. Une chanson que je trouve belle si belle !

Ce soir, avec le souvenir de moi dans ma petite chambre dans ce lointain pays, j’ai entonné cette chanson que j’adore, la chanson qu’il m’a fait découvrir, la chanson dont oh surprise je connais toujours presque par coeur les paroles !!! La chanson que j’aimerai transmettre à mon fils ou/et à ma fille…

Tam Tam (traduction : Ose, Ose) –  Sally Nyolo

 

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17 Réponses to “Une chanson, un souvenir, une histoire – à découvert, en aparté”

  1. Miss infertility 24 janvier 2014 à 06:09 #

    Coucou Bounty, quel joli article! J’ai écouté la musique en même temps. J’avais l’impression d’y être :). Gros bisous !!

    • Bounty Caramel 24 janvier 2014 à 08:27 #

      Merci !
      Elle est si douce cette chanson, une vrai tendre berceuse !
      Sally est une grande artiste, entre mémoire du passé et regard vers l’avenir. Elle a reçu récemment non seulement le prix World Music « USA Songrwriting », mais a aussi été décorée depuis peu « Chevalier de l’Ordre de la Valeur ».
      Chouette en tout cas de t’avoir un peu fait voyager !
      Bises

    • Miss infertility 24 janvier 2014 à 11:18 #

      Oui! C’est sympa tu nous fais découvrir plein d’artistes!! Gros bisous

  2. Zapppp 24 janvier 2014 à 07:25 #

    On s’y croirait, dans ces beau paysages que tu décris.
    Bises

    • Bounty Caramel 24 janvier 2014 à 08:28 #

      C’est gentil, ça me fait plaisir car c’est pas mon fort de décrire ainsi. Alors je suis bien contente ! Bises

  3. missbelly2 24 janvier 2014 à 07:51 #

    Ça donne envie d’y être ! Surtout quand on voit le temps dehors…
    C’est beau ces chansons qui te permettaient de l’avoir un peu plus près de toi 🙂
    Et même si je ne comprends aucun mot de ta chanson, je trouve que la rythmique et les sons sont très jolis.
    Gros bisous Bounty !

    • Bounty Caramel 24 janvier 2014 à 08:39 #

      Merci la miss. Moi aussi ça me donne envie. Et idem, je suis incapable de traduire, lui quasi de même, seule la prononciation est (presque) acquise.
      Ce qui est crétin, c’est que je connais mieux pleins d’autres pays (dont celui duquel je parle) que celui où est né mon homme. Je connais si peu le pays de cette chanson, alors c’est par la musique que je m’approprie un peu des traditions, des ambiances, des souvenirs… de tout ce qui fait une part des transmissions.
      Des bises !

  4. Milie 24 janvier 2014 à 09:15 #

    très bel article… la blogo Pmesque nous fait voyager en ce moment, dans le temps et l’espace !

    • Bounty Caramel 24 janvier 2014 à 10:07 #

      Tant mieux si j’y contribue un peu alors !
      Bises

  5. laqueteduplus 24 janvier 2014 à 09:49 #

    Merci pour le voyage… ça apporte un peu de soleil dans notre ciel tout gris 😉
    pleins de bises

    • Bounty Caramel 24 janvier 2014 à 10:06 #

      Mouais, même pas vrai, faut trop beau aujourd’hui ! (bon, ok, ok, hier, avant-hier et avant avant-hier c’était pourri).
      Bises

  6. lamisskangourou 24 janvier 2014 à 10:25 #

    Encore une baroudeuse, ça semble faire partie des points communs de plein de PMettes… Ca rappelle des souvenirs tout cela, même si je ne pense pas connaître les pays où tu as vécu… En effet c’est plus difficile pour celui qui attends je crois.
    Merci pour ce joli voyage !! et jolie musique… Bisous

  7. ILGC 24 janvier 2014 à 10:50 #

    Bounty, j’aime ta façon d’écrire et de nous raconter.
    Au travers de ton récit, nous voyageons par procuration.
    Et surtout qu’elle est belle votre histoire d’Amour avec chéri d’A !
    Merci de partager tout cela avec nous.
    J’enrichis aussi ma culture musicale.
    Des bisous

  8. Automne 24 janvier 2014 à 17:52 #

    Moi aussi je me suis véritablement évadée pendant quelques minutes en te lisant… un chaleur douce et chaude, des sons d’ailleurs… Un bien-être…

    Quel beau fil rouge cette semaine entre les billets de Madame Pimpin et le tien…

    A qui le tour ? 🙂

    Des baisers Mlle Bounty.

  9. Marie-Eve 24 janvier 2014 à 19:46 #

    Cette chanson est très douce, on l’écouterait sans fin. La chanteuse a une super jolie voix.
    Quant à tes paysages, on aimerait s’y promener (sans les moustiques) pour regarder les vaches au milieu de ce vert pétillant, et aussi pour y étudier les insectes, les fleurs, les cailloux… 😉

  10. julys974 25 janvier 2014 à 04:33 #

    C’est avec un large sourire que j’ai fini de lire tes souvenirs. J’avais l’impression que tu décrivais mon caillou (avec sa saison des pluies, ses toits en tôle, sa végétation luxuriante, ses plats épicés…). On oublie parfois de contempler ce qui nous entoure alors merci d’avoir partagé ça avec nous. J’adore la voix de la chanteuse !! Récemment, ici, j’ai vu Rokia Traoré et j’ai adoré !! Je n’avais pas encore la joie de te connaitre, mais c’est sûr qu’au milieu de ces paysages magnifiques, j’aurais eu une pensée émue pour toi en écoutant chanter l’Afrique !! Bisous.

  11. fabienne 27 janvier 2014 à 15:52 #

    merci pour cette lumière partagée 🙂
    c’est joli, doux, chaud, apaisant…

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