Elle

24 Jan

J’en avais déjà parlé, j’ai une de mes collègues (bientôt ex) qui a vécu la PMA. Avant son départ prochain, et avec son accord, on s’est pris un verre (qui se résume à une ou deux bières par chez moi) pour discuter un peu de toussa.

Elle a fait 1000 et 1 choses, elle a une énergie incroyable, un engagement sans faille dans son métier et son éthique, elle a vécu de nombreuses épreuves de celles qui te forgent. En bref, plus mature, plus âgée, plus expérimentée, elle a beaucoup de recul sur la vie en général, et la pma aussi.

Alors c’était l’occasion d’avoir des conseils extérieurs, d’autant plus que dans mon entourage je n’ai personne qui passe par ce parcours. J’ai certes des connaissances qui y sont, des amies d’amies… mais pas de réels échanges possibles et pas d’affinités réelles non plus. Alors qu’avec elle, proche de caractère, de passions, de vision, de choix de vie… c’était la belle occas’ pour en parler, simplement, réellement et librement.

Son histoire est de celles qui ont découvert leur infertilité sur le tard, après 2-3 ans d’essais et à un âge plus mûr. En cela j’ai bien vu que notre vécu de la prise de connaissance de notre infertilité diffère.

J’ai été diagnostiquée très tôt, à l’adolescence. Je ne savais pas vraiment ce que « vous aurez peut-être des difficultés à avoir un enfant » voulait dire car je m’en foutais à l’époque, je ne souhaitais alors qu’être réglée. Mais quand le désir s’est fait sentir, je savais (par contre ma moitié n’avait pas réellement mesuré l’ampleur « physique » de ma difficulté dont il avait connaissance). Cela ne veut pas dire que j’y étais préparée, je mesurais l’ampleur « technique » mais pas émotive de mon infertilité.

Pour elle, ce fut rude. Le choc du diagnostic. L’inconnue. Le questionnement. La perte d’orientation. Elle a eu besoin de temps, lui aussi. Puis il se sont lancés dans les méandres de la PMA. Examens, traitements, prise de sang, échos invasives… 1 IAC, 2 FIV, 2 Fc, pas de bébé.  Je jette ces mots sans les enrober car ils sont d’une violence inouïe.

Aujourd’hui elle arrive à en parler, sans larmes amères, 4 ans après. Elle est épanouie malgré le renoncement, dégage une force de vie impressionnante.

Je voulais l’écrire et le dire. C’est possible. Ce qui me parait inimaginable aujourd’hui est possible.

Nos parcours d’infertiles sont différents. C’est son recul, et parce qu’elle me l’a proposé, que j’étais venu chercher.

Ils ont su dire stop. Elle n’en pouvait plus, physiquement et moralement.

Elle m’a raconté la hantise et l’effroyable vécu de ses deux fausses couches. Le plus violent dans son parcours ce sont ces deux bébés non pleurant à la vie dans ses bras. L’émotivité, le regard effroyable de douleur est toujours là, mais malgré cela, ses fausses couches, elle les rationalise aussi en me confiant et se disant que la nature est ainsi faite (au sens de la non viabilité) (Les filles qui sont passées ou passent par là, s’il vous plait ne m’en voulez pas d’essayer peut-être maladroitement de retranscrire ceci, j’espère que vous comprendrez ce qu’elle voulait dire). Je trouve ça incroyable de la part d’une ex pmette.

On a aussi parler de la différence de vécu dans le couple. La femme ressent physiquement, anticipe, se projette. L’homme au jour le jour, y croit, a du mal à envisager d’autres chemins. Bon, on est d’accord, ce sont de « grandes tendances » pas du tout une généralité et encore moins une vérité. Mais bon, dans mon couple ce fut souvent comme ça, ça l’est de moins en moins, la sensation d’être de plus en plus en phase est là.

Elle était aussi marâtre. La petite fille de sa moitié a grandit avec elle. Elle m’a elle aussi évoqué la difficulté supplémentaire que cela constitue. Mais elle en a tiré aussi un grand bonheur car elle toujours aussi fan de cette petite.

Son couple n’a pas survécu. Je ne sais pas exactement pourquoi. De toute façon il n’y a jamais une seule raison à cela. J’imagine que cela aurait pu être différent si… mais peut-être pas.

De cette discussion tout en sagesse et conseils bienveillants, j’en retiens de dialoguer posément et profondément des « projets » de l’un et de l’autre à 2, de préserver son couple socle de la famille en devenir et recherchée, de s’autoriser des pauses salvatrices et nécessaires, tant physiquement que psychologiquement, de se protéger de l’autre, de faire attention à qui la confidence de ce lourd parcours sera donné, de se préserver… et de garder espoir en la vie qui nous a été donné.

EDIT : Je viens de tomber sur ce témoignage de la Belette Rouge.

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21 Réponses to “Elle”

  1. angediles 24 janvier 2013 à 12:36 #

    Ce post me touche beaucoup… je me suis déjà posé la question « et si je n’ai jamais d’enfant »… je crois queje ne serai pas aussi forte. Déjà que je baisse les bras après tous les échecs que j’ai vécu depuis 3 ans: un hellp syndrome avec bébé décédé à 6 mois de grossesse, 1 Stim, 4 FC et FIV1 annulée sans compter les hystéro opératoires. Je me bats, mais je suis si triste. Je suis aussi « marâtre » de 2 petits mecs de 9 et 8 ans… je garde espoir de leur donner un jour un demi frère ou une demie soeur… mais le temps passe.
    Quand à l’amour du couple, oui il en prend un coup..; après toutes ces épreuves on vit différemment. Moi meme un jour j’ai pensé quitté mon mari et ses enfants me croyant « de trop » dans leur famille et en incapacité à agrandir la famille….

    • Bounty Caramel 24 janvier 2013 à 12:56 #

      A ton vécu, j’imagine que ce témoignage résonne particulièrement en toi. Tu te bats incroyablement fort je trouve. J’espère que la Fiv1bis apportera de grands nouveaux espoirs. Bises

  2. Boule de Mousse 24 janvier 2013 à 13:15 #

    Ce que je trouve de plus terrible dans son histoire, c’est cette fin … je ne peux me résoudre à me dire que peut-être, malgré tous nos efforts, on y arrive jamais … ça serait horrible … trop injuste … juste trop … On peut certes « refaire sa vie », y donner un autre sens … mais j’avoue que personnellement, je ne vois pas à quoi je sers sur cette terre, si je ne peux donner la vie … la vie est dure et difficile, mon seul pilier reste mon homme sans qui franchement, rien n’aurait de sens … parfois, je me pose la question de savoir si cela me suffira pour tenir le coup … on ne peut savoir tant qu’on y est pas … mais tout de même, c’est une bien triste « fin ».

    • Bounty Caramel 24 janvier 2013 à 13:35 #

      Je comprends ce que tu dis, c’est ce que je me disais aussi, ce n’est pas ce qu’elle m’a dit… et malgré tout c’est rassurant. Je voulais laisser des traces de ce témoignage, qui lui est propre. Bien entendu je ne souhaite à personne de ne pas réaliser ses rêves… c’est même tout l’inverse. Bises

  3. Mastacloue 24 janvier 2013 à 17:49 #

    Juste merci de m’avoir fait lire La Belette Rouge, une belle lecture.

    • beletterouge 24 janvier 2013 à 18:05 #

      Thank you so much for linking to me. I am touched to be associated with this tender and sensitive post on this difficult topic.

    • Bounty Caramel 24 janvier 2013 à 19:28 #

      Thanks a lot for yours too. I think that also was important to talk about her and to discuss on this issue which is so painful.

  4. Lulu 24 janvier 2013 à 19:02 #

    Merci pour ce partage.
    Même si aujourd’hui, et malgré plus de 3 ans d’essai, je ne peux envisager ma vie sans enfant, je ne sais absolument pas ce qu’il en sera à l’issu du parcours PMA s’il était amené à échouer…
    Je pense que nul ne peut rien prévoir en la matière. Seule l’expérience et le temps (l’usure ?) nous diront si nous renoncerons à vivre sans enfant.
    Et puis, on n’a pas toujours le choix… Que faire ? Continuer à (sur)vivre…
    Merci encore…

    • Lulu 24 janvier 2013 à 19:03 #

      « seuls », pas seule !

    • Bounty Caramel 24 janvier 2013 à 19:25 #

      On n’a pas toujours le choix… et on le sait si bien… Comme tu dis je voulais partager… Bises

  5. madamepimpin 24 janvier 2013 à 20:37 #

    Quelle femme… C’est un sujet délicat, aujourd’hui je crois que la seule chose qui pourrait me faire renoncer à avoir un enfant quel que soit le moyen d’y parvenir ce serait que Mister Pimpin dise stop. Je serais là en face du pire dilemme de ma vie et j’espère ne devoir jamais faire ce choix.
    Garder espoir en la vie qui nous a été donné, ça parait évident mais tu fais bien de le souligner… C’est essentiel, c’est même le nerf de la guerre !
    Bisous

    • Bounty Caramel 24 janvier 2013 à 21:45 #

      Merci pour Elle ! Ils ont dit stop après une ultime épreuve, celle de trop. Tiens, j’aurais du même dire « garder espoirs »… Bises

  6. Choupinette 24 janvier 2013 à 22:11 #

    Ton article ne me laisse pas indifférente, mon histoire un peu comme elle… IAC, un ange au terme de la grossesse, une FIV, une GEU, 2 tec et stop ! quand j’ai pris cette decision je me suis sentie libérée, plus de peur au ventre, plus d’angoisse. Certes j’ai pleuré et je pleure encore ma fille mais j’ai cette envie de devenir maman autrement. Je n’ai pas voulu m’acharner, je voulais retrouver mon corps. Nous grandissons de chaque expérience quelle soit bonne ou mauvaise, nous devenons un peu aussi une autre personne avec une force et aussi une sensibilité différente… la PMA oui mais pas à n’importe quel prix; il ne faut surtout pas oublier de préserver l’autre car c’est ça qui fera que vous serez une belle et heureuse famille unie quand vous serez 3 🙂
    En tout cas pour toi je suis persuadé que cet échange restera gravé. C’est un beau cadeau qu’elle t’a fait là 🙂
    Bisous

    • Bounty Caramel 24 janvier 2013 à 22:26 #

      Merci à ton tour de ton témoignage. Comme tu le dis si bien, vous avez je pense beaucoup en commun. Et tu as raison de me le redire, c’est un très beau cadeau de coeur. Biz

  7. marinette1974 26 janvier 2013 à 13:28 #

    Avant de commencer notre parcours en PMA, nous avons beaucoup discuté avec mon Mr Mars : jusqu’où sommes nous prêts à aller ? Pour le moment nous sommes d’accord sur la durée du parcours (jusqu’à mes 40 ans), et si cela ne fonctionne pas, c’est que c’était notre destin et que notre couple lui doit survivre.
    Merci pour ce beau témoignage.

    • Bounty Caramel 26 janvier 2013 à 14:31 #

      Merci à toi de cette confidence. Je pense qu’elle était un peu dans le même cas que toi, c’est à dire qu’ils y ont réflechi avant de se lancer. Pas simple de se questionner avant d’ailleurs je trouve, chapeau à vous 2. Bises

  8. barbie 26 janvier 2013 à 13:51 #

    Cet article est très poingnant… ça prend au coeur.
    Cela fait 4 ans que mon chéri et moi nous essayons de concevoir dont presque 2 ans de PMA, et pourtant il m’arrive parfois de penser à l’après PMA.
    L’après dans le sens « et si au bout du compte on ne réussi pas à avoir d’enfant? » J’ai besoin d’y penser quelques fois même si ça fait horriblement mal.
    Mais je continuerai tant que possible, tant que mon corps et mon mental sera capable d’encaisser.
    Merci de partager ce temoignage.
    Bises

    • Bounty Caramel 26 janvier 2013 à 14:29 #

      Merci la miss. C’est parce que j’y pense aussi parfois que j’ai pu recevoir sans crainte sa parole et son vécu. Et comme tu dis, son meilleur conseil a été d’y aller tant qu’on le peut physiquement et mentalement. Bises

  9. 28joursculottealamain 27 janvier 2013 à 16:30 #

    Hé oui je pense que ce pose toutes la question et si et si!!!!!!!!! je pense que j’en suis là tiens, bisous culotté

  10. Kaymet 8 février 2013 à 10:22 #

    Merci pour ce témoignage très touchant et tellement important. Oui il y a une vie après l’infertilité, même pour ceux qui n’ont pas pu avoir d’enfants au final, et ceux-là sont mine de rien assez nombreux, même si on en parle très peu.
    La PMA reste encore taboue, et je pense que la vie sans enfants après la PMA l’est encore plus, vu que c’est un sujet difficile à aborder même auprès des PMettes.
    Bises

    • Bounty Caramel 8 février 2013 à 10:34 #

      C’est exactement pour cela que je souhaitait en parler ici, car derrière la PMA, quelque soit l’issue, on n’en est pas moins femme et j’ose croire qu’on a chacune des ressources inconnues pour se relever… J’aurai pu ne pas m’intéresser, par peur et rejet, à son vécue, mais cela aurait été ridicule et preuve de non acceptation de là où nous en sommes. Alors, point de tabous… Bises

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